En CM2, et déjà chercheurs en mathématiques !

Placer les élèves de CM2 en position de chercheurs en mathématiques : tel est l’objectif du dispositif ME3B qui réunit des élèves de plusieurs classes de CM2, leurs professeurs et des chercheurs en mathématiques. Le protocole Math en Jeans l’a largement inspiré.


Fonctionnement

Chaque chercheur en mathématiques propose un sujet de recherche à la classe de CM2 à laquelle il est associé. Pendant l’année, les élèves et le chercheur communiquent par courrier électronique. L’année se termine par un congrès d’une journée au cours duquel les classes participantes exposent leurs résultats à l’oral (diaporama) le matin et l’après-midi, et animent des stands de découverte entre midi et quatorze heures.

Vidéo – Exemple d’exposé

Vidéo – Stands de découverte

Le chercheur rencontre les élèves au moins une fois au début du processus pour faire connaissance avec eux et leur présenter le sujet. Tout au long de l’année, il répond à leurs sollicitations pour leur apporter de l’aide, pour vérifier la validité de leurs résultats, pour leur donner de nouvelles pistes. Il rend visite aux élèves peu avant le congrès pour donner son opinion sur le stand et l’exposé.

De leur côté, les élèves font des recherches sur le sujet pendant l’année. Pour ce faire, ils disposent d’un créneau hebdomadaire. Ils communiquent leurs avancées au chercheur par courriel. Puis ils préparent un exposé et leur stand pour le congrès.

Même s’il ne doit pas intervenir dans les recherches des élèves lors des ateliers hebdomadaires, l’enseignant en assure toutefois le bon déroulement. Il communique éventuellement avec le chercheur pour lui faire part de problèmes rencontrés.

Une chanson composée par un musicien professionnel est chantée par tous les participants le jour du congrès. Ses paroles évoquent les différents sujets sur lesquels les élèves ont travaillé.

Extrait audio de la chanson

Enfin, un système de passeport favorise l’implication des élèves aux stands : chaque élève doit faire poinçonner son passeport à au moins 4 stands pour lesquels il aura fait preuve d’un intérêt et d’un désir de comprendre manifestes.


Objectifs

Plusieurs objectifs, dont certains figurent dans le deuxième palier du socle commun, sont visés en premier lieu :

  • impliquer tous les élèves dans une recherche ;
  • améliorer le regard porté sur les mathématiques ;
  • développer un comportement de recherche ;
  • permettre aux élèves d’acquérir des compétences méthodologiques telles que :
    – formuler une hypothèse et la tester,
    – argumenter ;
    – mettre à l’essai plusieurs pistes de solutions ;
    – exprimer les résultats d’une recherche en utilisant un vocabulaire scientifique à l’écrit et à l’oral.

En second plan émergent des objectifs liés à des savoirs plus spécifiquement mathématiques. En effet, la plupart des sujets proposés correspondent à des problèmes de généralisation et de modélisation de phénomènes numériques qui permettent de mettre en œuvre des procédés « pré-algébriques » (éventuellement par l’intermédiaire d’une formule).


Math en 3B en chiffres

Initié en 2007 par Carine Reydy avec la classe de CM2 de Stéphanie Masrevery, le projet est renouvelé l’année suivante avec la classe de cette même enseignante à laquelle s’ajoute celle de Philippe Roux. À partir de 2009, 7 à 8 classes de CM2 de la circonscription du Bouscat sont impliquées. Le jour du congrès, ce sont donc 150 à 200 élèves de CM2 et une vingtaine d’adultes qui se réunissent autour d’exposés  et de stands mathématiques.


Maths en 3B en noms

ME3B est un sigle qui signifie « Maths en 3B » pour Blanquefort, le Bouscat et Bruges. En effet, toutes les classes concernées par le dispositif sont dans des écoles de la circonscription du Bouscat, circonscription dont les principales municipalités sont  Blanquefort, le Bouscat et Bruges.

Les chercheurs sont Carine Reydy, formatrice en mathématiques à l’IUFM d’Aquitaine, qui pilote le projet, Caroline Bulf, Lalina Coulange et Patrick Urruty eux aussi formateurs en mathématiques à l’IUFM d’Aquitaine. Ils seront rejoints par leur collègue Sara Arditi à partir de la rentrée scolaire 2012.

Les enseignants qui participent au protocole sont Sophie Fondecave, Stéphanie Masrevery et Philippe Roux de l’école Camille Claudel à Bruges, Sophie Blauwart de l’école La Marianne à Bruges, Christelle Leblanc et Frédéric Dublanc de l’école Jean Jaurès au Bouscat et Marianne Pujol de l’école Les Airials au Pian-Médoc. Les années précédentes, Lys Mari de l’école Camille Claudel à Bruges, Jean-Pierre Labiano de l’école Jean Jaurès au Bouscat et Christelle Bonnifait de l’école de Ludon-Médoc ont également participé. Pour l’année scolaire à venir, une collègue de l’école Arc-en-Ciel de Bruges devrait rejoindre le dispositif, ce qui porterait à 8 le nombre de classes impliquées en 2012-2013.

Isabelle Taudin, I.E.N. de la circonscription du Bouscat et Lisette Bossuet, Conseillère Pédagogique, apportent leur soutien au projet. En particulier, 6 heures d’animations pédagogiques annuelles sont dédiées à ME3B pour les enseignants qui y participent.

Gilles Bordonneau est l’auteur-compositeur de l’hymne de ME3B. Tous les ans, il adapte les paroles aux sujets choisis.

Les congrès ont lieu tantôt à l’espace culturel Treulon de la mairie de Bruges, tantôt à l’Ermitage-Compostelle de la mairie du Bouscat. Les deux municipalités font gracieusement bénéficier les participants de leurs structures et de leur personnel technique pour l’occasion.


Historique de ME3B

En 2007, Carine Reydy tente d’adapter le dispositif Math en Jeans (auquel elle a déjà participé avec des classes de collège) à la classe de CM2 de Stéphanie Masrevery. En s’inspirant des travaux de Pierre Eysseric[i], elle propose un sujet de recherche aux élèves. Intéressé par cette première expérience, Philippe Roux, autre enseignant de CM2 de l’école, se joint au projet l’année suivante. Avec l’accord des organisateurs, les deux classes de CM2 sont intégrées au congrès national de Math en Jean’s qui a lieu cette année-là à Bordeaux.

Un article dans le Sud-Ouest (Libournais-pays Foyen) du 28 mars 2009 :

CONGRÈS.« Math en jeans » réunit sur le campus 850 élèves qui viennent y présenter les problèmes qu’ils ont résolus devant les grands. C’est public.
DES MATHEUX SANS PROBLEMES[…] « Les maths, j’aimais pas. Mais on peut en faire de façon marrante », assure Oriane. Sa classe de CM2 de l’école Camille-Claudel de Bruges – les benjamins du congrès, assurément – a planché sur le nombre total de mains que sont supposés serrer vingt mathématiciens réunis en congrès. Ne cherchez pas ! La réponse est 190. […] Les écoliers de Bruges ont également présenté un problème de solide avec trou. Costaud !

Catherine Darfay

Les deux enseignants sont emballés par le projet et en particulier par la motivation qu’il suscite chez tous leurs élèves. Mais le lieu du congrès Math en Jean’s change tous les ans, et il n’est pas envisageable déplacer deux classes de CM2 à l’autre bout de la France l’année suivante… C’est pourquoi la chercheuse et les deux enseignants imaginent une version « locale » de ce dispositif.

ME3B voit le jour l’année suivante : dès la rentrée 2009, 7 classes de CM2 de la circonscription Bordeaux-Bouscat sont impliquées et un premier congrès local est organisé à l’espace culturel Treulon de la municipalité de Bruges. « Math en Jean’s pour le primaire » devient « Math en 3B » pour Bruges, Blanquefort et le Bouscat.


ME3B et la recherche

Un travail de recherche en cours est mené par Lalina Coulange et Carine Reydy sur la nature des sujets : l’analyse de différents problèmes de généralisation et de modélisation de phénomènes numériques proposés aux élèves lors du dispositif permettent d’interroger les points suivants :

  • Dans quelle mesure ces problèmes sont-ils plus ou moins propices à des apprentissages mathématiques ?
  • Quelle est la pertinence de ces apprentissages au regard des savoirs numériques ou algébriques (relatifs à la notion de formule en algèbre en particulier) ?
  • Quelles connaissances sont potentiellement ou effectivement mobilisées par les élèves dans la résolution de ces problèmes ?
  • Comment sont-elles formulées, voire institutionnalisées ?

Carine Reydy
Enseignante en mathématiques

[i] P. Eysseric, Les ateliers de recherche en mathématiques, Grand N n°70 (2002).

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