Colloque international : Vérités, réparations, réconciliations

Jeudi 10 au samedi 12 décembre 2015 à Bordeaux

Organisé à l’occasion de la venue à Bordeaux (Musée d’Aquitaine) de l’exposition La Guerra que no hemos visto[1], ce colloque international s’intéressera à l’observation et à la comparaison des politiques de sortie de conflits internes et externes.

Il s’appuiera sur les travaux déjà effectués en la matière, mais visera aussi à en actualiser les données à la lumière de phénomènes plus récents. Dans cette perspective, il s’agira de mettre en situation des chercheurs provenant de disciplines diverses autour de thèmes communs.

Ce colloque souhaite en effet articuler plusieurs dimensions :

  • culturelle (ou l’art comme proposition de scène de réparation et de récit),
  • comparatiste “élargie” (Afriques, Amériques, Europe, Proche-Orient),
  • pluridisciplinaire, voire transdisciplinaire.

Cette approche croisée invite donc les spécialistes de disciplines diverses (politologues, juristes, historiens, sociologues, philosophes, linguistes, littéraires, artistes et historiens de l’art, psychologues et psychiatres) à dialoguer, échanger, comparer et mettre en regard des thèmes tels que réparation, réconciliation, justice transitionnelle, société civile et débat public, oubli et mémoire, éducation à la paix.

En raison du net ancrage de ce colloque dans l’univers de la représentation, l’accent sera mis sur la dimension symbolique des phénomènes.

Politiques et procédures symboliques de réconciliation

Au travers des diverses théâtralisations des commissions de la vérité et des rites de réparation, cet axe s’intéressera aux mobilisations des répertoires de la tradition (par exemple, les récits et contes des griots africains, les Gacaca ou tribunaux de droit coutumier), mais aussi aux réinventions de ces traditions en fonction du “regard” porté par les contemporains et des données historiques nouvelles.

Politiques officielles et thérapies de l’oubli

Cet axe abordera les douleurs de l’Histoire, dans la mesure où celle-ci peut s’opposer à la mémoire.

L’oubli n’est pas seulement un mécanisme : il est aussi une politique et un remède. C’est à ce titre que l’oubli et le silence peuvent faire office de politiques de réconciliation dans la perspective desquelles l’acte du souvenir est associé à l’huile que l’on jette sur le feu, les détracteurs de cette conception parlant, au contraire, de déni de mémoire, de non-dit, de voile jeté, de poussière cachée sous le tapis.

Mais si l’on tient compte des forces en présence dans toute situation de sortie de conflit (l’État, les victimes, les bourreaux), l’oubli est difficile, voire impossible, tant du point de vue psychique qu’historique. L’Histoire possède en effet ses temporalités et finit par faire resurgir les douleurs ensevelies, comme cela a été et est encore le cas en Allemagne ou en Espagne. Les mentalités évoluent : si certains processus ont préféré adopter le “enterrar y callar”[2], la tendance actuelle semble se porter sur un “desenterrar y hablar”[3]. La question de la transmission de cette mémoire se pose alors : que peut-on transférer de l’expérience vécue, et sous quelles formes, aux générations futures, mais aussi à l’histoire nationale et immédiate?

Politiques de l’éducation

L’éducation à la paix et au vivre ensemble est un défi posé aux politiques officielles, spécialement aux politiques mémorielles. Le transfert d’expérience est-il possible ? Quelles leçons ont été tirées d’expériences antérieures ? De la même façon, on se posera la question de la mise en récit de cette Histoire et des formes (symboliques et conceptuelles) privilégiées pour cette transmission.

 

[1] L’exposition La Guerra que no hemos visto (La guerre que nous ne voyons pas), doit se tenir au Musée d’Aquitaine du 10 décembre 2015 jusqu’au 8 mars 2016 et être ensuite montrée dans un autre musée européen restant à déterminer. Cette exposition est le résultat d’un travail exceptionnel, mené par Juan Manuel Echavarría, un artiste colombien, et consistant à faire participer dans des ateliers de peinture des démobilisés des trois forces en présence dans le conflit colombien (guérilleros, paramilitaires, soldats), afin de leur faire représenter de façon picturale les évènements marquants de leur participation à la guerre. 420 toiles sont issues de ce projet, dont une cinquantaine seront exposées et feront l’objet d’une présentation par celui qui est à l’origine de ce travail. Ces œuvres seront également accompagnées d’une série de onze tapisseries réalisées par des afro-descendantes du Nord de la Colombie déplacées à la suite d’un massacre et d’un ensemble de photos montrant ce qui reste des écoles dans les villages colombiens abandonnés en raison de la guerre.

[2] Enterrer et se taire

[3] Déterrer et parler

Commentaires Clos.