Alma Mater : rencontre avec une statue

Le séminaire de formation dédié aux enseignants de l’IUFM d’Aquitaine a eu lieu les 13 et 14 juin à Mont-de-Marsan. Au cours d’un spectacle donné le premier soir par l’association “Graines de Contes”, Pierre Molinier, conteur, a rendu hommage à “Alma Mater”, statue de 5 mètres de hauteur, érigée en 1999 par Lydie Arryckx dans le parc du site de formation.


ALMA  MATER

Au mur, il y avait un tableau, qui n’était pas là hier.
Sur la commode, il y avait un bouquet qui n’était pas là hier.
Sur le balcon, il y avait un pot de géranium, qui n’était pas là hier.
Et dans le parc, une statue qui n’était là hier.
Celle-ci.
Eh bien, non.
Ca pourrait …
On a vu, dans les rues de Mont de Marsan, les places et les parcs, surgir en une nuit, comme des champignons, des statues qui n’y étaient pas la veille.
C’est bien.
Mais celle-ci, non. Ce n’est pas de la Culture hors sol. Ce n’est pas de la sculpture hors-sol.
Elle n’est pas tombée du ciel au cours d’une nuit, comme un œuf pondu déposé là par une grue.
Là par hasard, là parce qu’il y avait de la place.

Elle n’a pas soudain surgi du sol comme un champignon… ou plutôt, si.
Comme un champignon, elle a poussé ici, ici et pas ailleurs parce que c’était sa place, son biotope.
Elle est née d’un désir : le désir que l’art fût présent en ce lieu.
L’art, non pas seulement l’objet d’art, qui est et demeure, mais l’œuvre d’art, sa création, son élan.

En ce lieu précis, ici et pas ailleurs, un écosystème.
Entre l’IUFM, lieu de formation d’enseignants qui à leur tour formeront des enfants
et le CDDP, centre de documentation, lieu d’information.

Dans ce parc, au cœur de cette conjonction de savoirs, pour magnifier la connaissance
et manifester la nécessité de l’art dans la formation de la personnalité de chacun.

Son biotope, ai-je dit, car surgie du sol parmi et comme les platanes qui l’entourent,
auxquels on emprunte leur forme, les creux, les bosses et les reliefs, et comme les bâtiments voisins édifiés sur des fondations.

Il y eut d ‘abord une semelle de béton, enfouie.
Sur cette semelle, furent scellées trois pierres d’Ophyte
(marbre d’un vert obscur rayé de filets jaunes entrecroisés, roche que l’on trouve en Chalosse).

Ces pierres furent perforées. On y scella des fers, fers tordus, fers soudés, reliés par des entretoises.
Une structure métallique s’éleva, véritable squelette de l’oeuvre finale et œuvre d’art en soi.

Un monstre surgissait.
Qui était d’ailleurs dans une cage, une cage de bois, un échafaudage, qui l’enserrait au plus près,
de sorte que l’on travaillait sans recul ni distance.
L’oeuvre totale n’existait que dans la tête. Devant les yeux, à portée de mains, il n’y avait que des fragments.

Et le monstre s’échappa vers le haut, vers les frondaisons, vers le ciel.
Prévue pour mesurer 3,5 m, la statue dépassa les 5 m. Il fallut rajouter un étage, rehausser l’échafaudage.
La créature, comme de juste, échappait au créateur.

Deux fois seulement, on ouvrit la cage, pour juger de l’ensemble, puis on la referma.
Ce squelette fut recouvert d’un grillage, comme une peau.
Nouvelle forme, œuvre d’art elle-aussi, à part entière.

Et ce grillage fut recouvert de béton qui donnait la forme générale de l’œuvre.
Ensuite commença le travail fin.
L’artiste modela le buste, la tête, la nuque , les épaules, les mains,
et termina par le visage étonnement serein.

Puis la dame fut enfermée, mise sous cloche,
pour attaquer à la meule les surfaces à retoucher dans le vacarme et la poussière.

Enfin elle reçut l’enduit de protection, formant patine, appliquée au pinceau,
travail qui se prolongea toute la nuit.

Terminée, elle fut alors voilée puis attendit et le 29 octobre 1999, dévoilée.
Les travaux avaient duré un mois et demi, du 11 septembre au 29 octobre.

L’oeuvre d’après l’artiste représente :
« Une semeuse monumentale et robuste, sorte de déesse fertile, de Vénus rassurante et pleine, cosmique et généreuse, qui tel un pilier indéracinable, une force plutonienne symbolise la volonté de puissance, la sagesse et la richesse du savoir.
Dans une poussée fiévreuse et lourde, elle émerge et extirpe de la masse rocheuse comme une naissance toute sa volonté et son déterminisme, arc-boutée vers l’avenir pour donner aux enfants le sentiment de grandir et de comprendre ».

C’est Alma Mater de Lydie Arryckx, artiste d’envergure internationale qui vit dans les Landes, à Angresse.

Pierre Molinier
Graines de contes


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