charles_camille_3

par ESPE Aquitaine

Interviews de Camille Horsey et Charles Mercier

DF : « Cette année, 72 étudiants de l’ESPE d’Aquitaine sont partis à l’étranger. Ce nombre est en augmentation par rapport aux années précédentes. Comment l’expliquez-vous ? »

Camille Horsey : « En effet, nous n’avions pas connu un tel effectif depuis l’année universitaire 2010-2011 avec 70 étudiants partants. Le nombre de mobilités sortantes était, en moyenne, de 52 par an entre 2012-2013 et 2014-2015.

Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : le contexte national de ces dernières années d’une part, avec une formation des enseignants réformée qui réduit parfois les marges de manœuvre en termes d’internationalisation (place du concours, statut de fonctionnaire-stagiaire) et le contexte géopolitique d’autre part, qui nous a contraints à geler le partenariat avec le sud de l’Algérie et le Burkina Faso.

Nous avons donc revu le catalogue des mobilités internationales en renforçant les collaborations existantes, en ouvrant de nouveaux partenariats et en élargissant la mobilité aux étudiants de toutes les mentions du master (l’offre internationale était jusqu’alors fortement centrée sur la mention 1er degré) ».

DF : « Quel type de stage leur proposez-vous ? »

Camille Horsey : « Nous leur proposons un programme court(1) qui leur permet d’être en immersion dans un système éducatif différent. Ils découvrent d’autres méthodes de travail et manières d’appréhender les élèves ce qui leur sera très utile dans leurs études, notamment pour la rédaction de leur mémoire, et plus tard dans leur carrière professionnelle. Ce programme court leur offre deux possibilités : soit d’être en immersion totale dans un établissement primaire ou secondaire, soit de combiner immersion en établissement et rencontres avec les acteurs du système éducatif du pays d’accueil (université, rectorat, etc.).
Je vais prendre un exemple pour illustrer…A l’université de Szczecin en Pologne, les étudiants passent une semaine au Département de Philologie romane qui est notre partenaire privilégié là-bas, puis ils partent, la 2ème semaine, à la rencontre des équipes pédagogiques dans les établissements scolaires, des représentants de l’équivalent de notre inspection académique, toujours pour y découvrir les différents fonctionnements.
Dans les deux cas, ils ont une séance pédagogique à mettre en place devant des élèves de primaire ou de secondaire en fonction de leur spécialité. La nouveauté cette année a été d’envoyer 2 étudiants CPE au lycée français de Bilbao. »

DF : « Quels sont les retours d’expériences des étudiants partis à l’international ? »

Camille Horsey : « Les retours que nous avons sont très positifs parce que cela leur permet de prendre beaucoup de recul sur leurs pratiques. Je le vois également avec les étudiants étrangers que l’on reçoit à l’ESPE. Dans le bilan que nous avons fait avec les étudiants polonais venus passer 15 jours à l’école, on constate qu’ils sont les premiers étonnés des différences et des similarités qu’ils ont pu observer. Après avoir analysé les bonnes et moins bonnes pratiques ils savent ce qu’ils vont pouvoir réutiliser.

Le 2ème point important est leur souhait de continuer, d’aller plus loin… On sent qu’ils ont envie de partir faire une carrière à l’international en choisissant une nomination dans les lycées français à l’étranger via l’AEFE(2) ou l’Alliance française ou plus simplement en développant des partenariats avec l’aide du Rectorat, lorsqu’ils seront en poste, ou encore de monter des projets de eTwinning(3)

Les stages leurs donnent d’autres perspectives professionnelles à l’étranger ou en France en faisant venir l’internationalisation dans leurs établissements. »

DF : « Comment choisissez-vous vos nouveaux partenaires ? Avez-vous des zones géographiques prioritaires ? »

Camille Horsey : «Nous choisissons nos partenaires soit après une proposition faite par un formateur de l’ESPE parce que l’opportunité se présente, soit parce que nous avons un partenaire local, comme le Conseil Départemental de la Gironde, qui nous aide et nous soutient pour travailler sur des zones géographiques prioritaires qu’il a définies. Il arrive également que l’on soit contacté directement par un établissement souhaitant accueillir des étudiants.
C’est le cas avec le lycée français de Bilbao. Une professeure des écoles de Gironde qui avait été nommée là-bas nous a contactés afin que l’on puisse mettre en place ce partenariat.

La zone géographique dépend de la politique internationale de l’école qui est fortement liée à la politique internationale de l’Université de Bordeaux. Les partenariats stratégiques renforcés sont actuellement le Pays Basque espagnol, le Japon, le Canada, les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, l’Inde et Taiwan. Nous essayons de nous inscrire dans cette dynamique en adaptant le partenariat à la spécificité de notre formation de master MEEF avec le concours. Nous avons aussi d’autres partenaires comme l’association Bordeaux-Bristol qui nous soutient depuis longtemps.
Grâce à elle nous proposons chaque année un programme de mobilité courte à Bristol. »

DF : « Parlez-nous des nouveaux projets que vous développez, notamment avec la Serbie et le Mexique… »

Camille Horsey «Oui, il y a les zones prioritaires de l’Université de Bordeaux mais nous définissons également nos propres zones prioritaires en partenariat avec les autorités locales (CD33) ou nationales (MENESR)(4).

Nous avons commencé à travailler avec la Serbie il y a 3 ans et avons aujourd’hui 3 partenaires, le lycée français de Belgrade, l’école primaire Roi Pierre 1er et le lycée Svetozar Markovic à Nis. Nos partenaires Serbes et l’ambassade de France à Belgrade ont fait le constat que l’apprentissage de la langue française est en perdition. En effet, l’attaché de coopération universitaire et scientifique de l’Institut français de Belgrade nous a indiqué que le nombre de Serbes qui prennent le français en 2ème langue est en chute. L’objectif de ce partenariat est donc de redonner envie aux jeunes d’apprendre notre langue.

En juillet 2015, la France et le Mexique ont signé un accord de partenariat, notamment avec le MENESR(4) pour développer des coopérations entre les ESPE et écoles normales mexicaines. Depuis 1 an, nous essayons de mettre en place un partenariat mais l’instabilité gouvernementale du Mexique nous a obligé à décaler l’accueil des étudiants. La convention est en cours. Vingt-deux étudiants devraient arriver en 2016-2017 dans notre établissement. Ils resteront 3 mois en stage d’observation et seront placés en binôme avec des fonctionnaires stagiaires qui se porteront volontaires pour les accueillir dans la classe et à l’ESPE. Nous recevrons 22 étudiants Mexicains tous les ans durant 3 années universitaires. Cinq autres ESPE participent aussi à ce partenariat et accueilleront également 22 étudiants. Nous souhaitons mettre en place la réciprocité au plus vite pour que nos étudiants puissent aller au Mexique. C’est encore en discussion et prévu dans la convention mais nous devons voir dans quelles conditions ils pourront partir. »

DF : « Depuis 2 ans, vous êtes chargé de mission aux Relations internationales, quels étaient vos premiers objectifs ? »

Charles Mercier : « Quand j’ai commencé à travailler aux côtés de Régis Malet, qui venait d’être nommé directeur adjoint à la recherche, à l’innovation et aux relations internationales et de Camille Horsey, responsable du service RI-Recherche, il y avait un existant riche en matière de relations internationales, avec notamment les stages courts à l’étranger et le programme européen STETTIN.

Mon objectif, pleinement partagé avec Camille et Régis, et de ce point de vue, je crois qu’il faut vraiment parler de travail d’équipe dans la complémentarité des expertises réciproques, a consisté à faire participer de plus en plus de personnels de l’ESPE aux actions internationales. Il fallait que cela devienne l’affaire de plus en plus de collègues et non de quelques-uns, déjà connectés à ces questions de par leur parcours. Il s’agit d’impulser, d’enclencher des dynamiques, puis de passer le relais tout en accompagnant et en soutenant. Quand nous voyons passer une opportunité, qui peut avoir une déclinaison dans le domaine de l’éducation, nous essayons de la rapatrier à l’ESPE, et d’y impliquer des collègues. L’essentiel, c’est de mettre en relation et de créer des liens, avec les facultés d’éducation et les hautes écoles pédagogiques étrangères mais aussi, en France, avec les différents acteurs régionaux des relations internationales. Il s’agit d’innover et de chercher à « penser hors de la boîte ». Pour cela, l’international, qui permet de connaître des expériences étrangères est un formidable incubateur.

L’autre grand objectif consistait à développer qualitativement et quantitativement la mobilité des étudiants. De ce point de vue, beaucoup de travail a été fait pour affiner l’expérience du stage de pratique accompagnée. C’est notamment passé par l’envoi de « visiteurs RI », chargés non pas d’évaluer la prestation des étudiants, mais le dispositif de stage et sa cohérence par rapport au cahier des charges établi avec le partenaire. Les retours que nous avons des étudiants sont extrêmement positifs. Les stages à l’étranger se sont ouverts aux étudiants des mentions 2nd degré et Encadrement éducatif, pour les parcours portés par l’Université de Bordeaux. Le volume des mobilités sortantes a atteint cette année un record, avec 72 étudiants qui ont pu bénéficier d’une mobilité. Concernant la mobilité entrante, Maurice Niwese a fait un gros travail pour l’accueil pédagogique et « relationnel » des étudiants internationaux, dont le nombre sera en forte augmentation l’année prochaine. »

DF : « Quels nouveaux projets avez-vous mis en place ? »

Charles Mercier : « Concrètement, depuis deux ans, l’ESPE s’est engagée dans de nouveaux programmes européens : le programme PEERS(5), que coordonne Vincent Robin et qui permet la mise en réseau d’équipes d’enseignants-chercheurs et d’étudiants, le programme ENSERRER(6) piloté par Thierry Truel qui rassemble des institutions éducatives de cinq pays d’Europe pour confronter les mémoires de la Première Guerre mondiale et promouvoir des actions permettant d’éduquer à la paix. Il faut aussi mentionner un partenariat stratégique avec la Serbie, piloté par Franck Tanguy, qui permettra notamment d’accueillir à partir de la rentrée 2016 des étudiants serbes à l’ESPE.

L’insertion de l’ESPE dans les actions de l’IDEX et de la région Aquitaine a également permis de développer des programmes comme JEDI(7) ( étude comparée des identités chez les jeunes en France, en Québec et en Californie) et de s’insérer dans la coopération transfrontalière avec le pays basque. »

DF : « Quelles difficultés pouvez-vous rencontrer dans le montage de projets ? »

Charles Mercier : « Dans les relations internationales, il faut impulser beaucoup de projets, sachant qu’un nombre non négligeable n’aboutit pas au dernier moment en raison d’obstacles administratifs ou politiques. C’est ainsi que nous avons dû différer l’accueil d’étudiants mexicains, à cause de l’instabilité gouvernementale au Mexique, qui paralysait le dispositif. Les étudiants du site de Bordeaux, que nous avions sollicités pour savoir s’ils accepteraient d’être « jumelés » avec un étudiant mexicain, étaient pourtant très motivés. Ce n’est, nous l’espérons, que partie remise, puisque la première cohorte devrait arriver en septembre prochain. L’internationalisation de la formation des enseignants se heurte à plusieurs obstacles, parmi lesquels la place du concours en M1 (qui rend, dans les faits, inopportune une mobilité longue à l’étranger) et la responsabilité d’une classe en M2 (qui empêche là-encore la mobilité longue).

Quand, Régis, Camille et moi, en discutons avec nos homologues étrangers, nous nous rendons compte que cette situation n’est pas spécifique à la France car, partout, les gouvernements tendent à configurer la formation des enseignants selon une logique nationale. Il y a là un vrai sujet de réflexion dans un contexte de mondialisation culturelle. Nous essayons d’explorer des pistes permettant de contourner ces difficultés, comme par exemple la possibilité pour des fonctionnaires stagiaires effectuant leur stage dans un établissement proche de la frontière espagnole, de suivre leur formation universitaire de M2 dans la faculté d’éducation de l’université du pays basque.

Un autre levier d’action consiste à développer « l’internationalisation à domicile », en permettant aux étudiants de bénéficier de l’enseignement de collègues étrangers dans leur cursus de formation. Pour cela, il est nécessaire de mieux profiler les mobilités entrantes des collègues internationaux, en fléchant clairement nos besoins en termes de formation, et inviter des formateurs, par le biais des programmes européens et des programmes de l’Idex (visiting scholar). »

 

(1)     Deux semaines de stage.
(2)    
Agence AEFE – l’Agence de l’Enseignement du Français à l’Etranger.
(3)    
eTwinning : plate-forme permettant aux enseignants d’entrer en contact, de monter des projets collaboratifs et d’échanger des idées à travers l’Europe.
(4)    
Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche.
(5)    
PEERS, Projet d’étudiants et d’enseignants-chercheurs en réseaux sociaux.
(6)    
ENSERRER, Enseigner la guerre éduquer à la paix.
(7)    
JEDI, Jeunes et éducateurs dans la démocratie des identités : « Vivre ensemble » et régulation des diversités.

Propos recueillis par Delphine Flaud (DF).

couv_DidactiqueHistoire.indd

par ESPE Aquitaine

Didactique et histoire. Des synergies complexes.

Ouvrage co-dirigé par Sylvie Lalague Dulac, maître de conférences en didactique de l’histoire à l’ESPE d’Aquitaine, Patricia Legris, maître de conférences en histoire contemporaine de l’éducation à l’université de Rennes 2 et Charles Mercier, maître de conférences en histoire contemporaine à l’ESPE d’Aquitaine.

Cet ouvrage montre qu’historiens et didacticiens peuvent échanger avec profit, notamment autour des questions d’épistémologie : la façon dont les historiens manient le récit ou les concepts aide à comprendre le travail des élèves et réciproquement. Lire la suite →

501

par ehrehorowski

Autour de l’album pour la jeunesse : Jeux et enjeux des littératures graphiques

Le demi-siècle écoulé atteste la richesse de l’édition pour la jeunesse et singulièrement de l’album qui offre aux artistes un remarquable territoire de création, ouvert à toutes les tendances, entre tradition et innovation. Au cours de cette journée d’études, chercheurs et professionnels se sont penchés sur cette richesse créative pour en dessiner quelques lignes de force. Ils se sont attachés en particulier à l’album en tant que genre littéraire et artistique, qui se décline en différents sous-genres thématiques et formels.

Lire la suite →

image_semaine_maternelle

par ESPE Aquitaine

La semaine de la maternelle de la DSDEN est à l’ESPE d’Aquitaine

Du mercredi 23 au mercredi 30 mars 2016

La DSDEN 33 (Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale) organise des expositions et des conférences dans toute la Gironde*.

L’ESPE d’Aquitaine, partenaire de cet événement propose 2 après-midis de conférences les mercredis 23 et 30 mars.

Lire la suite →